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Monday, January 20, 2014

Claudio Abbado nous a quittés


Claudio Abbado nous a quittésCommuniqué de Michael Haefliger
Lucerne, le 20 Janvier 2014. C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Claudio Abbado, ce matin. Pour le LUCERNE FESTIVAL, la disparition de ce grand musicien, né à Milan le 26 juin 1933, marque la fin d’une longue et riche collaboration artistique qui a été jalonnée de succès depuis ses débuts avec l’Orchestre Suisse du Festival, à l’été 1966, et a atteint un sommet à l’été 2003, lorsqu’il a fondé le LUCERNE FESTIVAL ORCHESTRA. Cet « orchestre des amis », comme il l’avait lui-même baptisé, a élevé aux nues notre manifestation – peu de festivals ont la chance de connaître un tel destin : rapidement, la brillante phalange s’est hissée au premier plan dans le paysage éclectique des orchestres symphoniques, marquée du sceau artistique de son fondateur et de son esthétique ancrée au plus profond de la culture. Loin de toute bureaucratie, Abbado a réussi dès le départ à réaliser avec son orchestre une parfaite symbiose entre dévouement artistique et excellence de l’interprétation, faisant de chaque concert un moment unique détaché des contingences temporelles. Chaque fois, l’événement musical semblait devenir éternel, grâce notamment à l’amitié profonde et naturelle qui régnait entre le chef et les musiciens.
Abbado mettait au premier plan son talent pour faire de la musique de chambre, sa passion de la « musique ensemble ». Un orchestre n’est pas un grand échafaudage ou une masse musicale, mais une réunion de formations de tailles variées qui se retrouvent dans leur diversité sous la houlette d’un primus inter pares pour arpenter ensemble un chemin musical. De cela, Abbado était intimement convaincu, lui qui avait commencé sa carrière musicale dans l’univers de la musique de chambre.
Et si le credo musical d’Abbado trouvait ses origines dans la musique de chambre, donc dans ce que la musique a de plus intime, ce credo était profondément ancré dans son « école de l’écoute ». Ce n’était pas un adepte des grandes phrases, un homme à faire de longs discours en répétition. Son travail avec l’orchestre se caractérisait au contraire par une écoute mutuelle dans le calme, et par la certitude que l’on atteindrait en concert le sommet absolu de l’interprétation qu’il façonnait. Nous n’avons pas oublié les grands moments de sérénité musicale que nous avons vécus à Lucerne avec ses superbes interprétations des symphonies de Mahler et de Bruckner.
C’est avec un concert magnifique et profondément émouvant que Claudio Abbado a mis un point final à sa carrière artistique le 26 août 2013, à Lucerne, en dirigeant la Neuvième Symphonie de Bruckner, une œuvre inachevée. On était si loin de penser, à cette soirée inoubliable, que ce serait peut-être son dernier concert, tant il nous paraissait comme transfiguré dans ce moment de sérénité ineffable. Malheureusement, ce qui était alors impensable est devenu réalité.
« Voyageurs, il n’y a pas de chemin, mais il faut marcher. » Cette phrase, découverte sur le mur d’un monastère de Tolède par le compositeur Luigi Nono, qui fut des années durant le compagnon de route d’Abbado, pourrait renvoyer symboliquement à la vie de celui-ci. Une vie qui ne fut pas déterminée par des chemins tout tracés, mais s’est réalisée en avançant et en faisant ouvertement l’expérience du nouveau. Voyager, explorer sans chemins apparents, chercher sans cesse le nouveau et l’inconnu, c’est précisément ce qu’a fait Abbado, et il l’a fait jusqu’au dernier instant de sa vie fascinante et si bien remplie.
Ainsi l’un des plus grands artistes de notre temps est désormais arrivé au bout de son chemin terrestre. Le LUCERNE FESTIVAL souhaite lui exprimer ici ses remerciements les plus sincères pour tout ce qu’il nous a donné de magnifique, d’inoubliable, d’ineffable dans les quarante-sept années qui viennent de s’écouler. Nous resterons fidèles au chemin qu’il a tracé, à son credo artistique, et garderons à jamais le souvenir de sa personne et de son art.

Michael Haefliger, Directeur LUCERNE FESTIVAL

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